Maladies cardio‑vasculaires chez les femmes : un enjeu vital… et un sujet de travail
- Aude Rey

- il y a 12 minutes
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En France, les maladies cardio‑vasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes, loin devant les cancers, alors même que leur réalité reste largement méconnue. Elles frappent de plus en plus tôt, en plein cœur de la vie professionnelle, avec des conséquences majeures sur les parcours, l’égalité et la QVCT. Intégrer la santé du cœur des femmes dans les politiques handicap et santé au travail n’est plus une option : c’est un levier stratégique de prévention et de maintien en emploi.
1. Maladies cardio‑vasculaires chez les femmes : de quoi parle‑t‑on ?
Les maladies cardio‑vasculaires regroupent l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (AVC), l’embolie pulmonaire, l’insuffisance cardiaque et les maladies des artères. Longtemps perçues comme un « problème d’hommes », elles concernent pourtant directement les femmes, avec des spécificités encore trop peu prises en compte.
Chez les femmes, les symptômes sont souvent atypiques : fatigue extrême, essoufflement à l’effort, douleurs diffuses (omoplates, mâchoire, dos), troubles digestifs, angoisses inhabituelles. Résultat : les signaux passent sous les radars, chez elles comme chez les professionnels de santé, avec des retards de prise en charge qui peuvent être dramatiques.
À ces signaux s’ajoutent des facteurs de risque « classiques » (tabac, hypertension, cholestérol, diabète, sédentarité, surpoids) et des facteurs spécifiquement féminins : grossesse, pré‑éclampsie, diabète gestationnel, contraception hormonale, ménopause, traitements hormonaux. La santé cardio‑vasculaire des femmes se joue donc aussi dans les grandes étapes de leur vie hormonale, bien au‑delà du simple « style de vie ».
2. Quelques chiffres qui bousculent les idées reçues
Les données récentes sont sans appel :
Les maladies cardio‑vasculaires sont la première cause de mortalité féminine en France, représentant environ 30% des décès chez les femmes.
On estime qu’environ 200 femmes meurent chaque jour d’une maladie cardio‑vasculaire, soit une toutes les 7 minutes.
Près de 73 000 Françaises décèdent chaque année d’une maladie cardio‑vasculaire et environ 400 000 femmes sont hospitalisées pour cette cause, dont un tiers avant 65 ans.
Les infarctus surviennent de plus en plus tôt : un infarctus sur quatre chez la femme survient désormais avant 65 ans, contre un sur six il y a vingt ans.
Seules 14% des femmes entre 18 et 74 ans présentent une santé cardio‑vasculaire jugée idéale au regard des principaux facteurs de risque.
Derrière ces chiffres, un message essentiel : la majorité de ces accidents pourraient être évités par la prévention, le repérage précoce et l’adaptation des modes de vie… et des organisations de travail.
3. Quand le travail met le cœur des femmes à rude épreuve
Le travail est un déterminant majeur de la santé cardio‑vasculaire des femmes, à travers la combinaison de contraintes physiques, organisationnelles et psychosociales.
Les études françaises montrent que, chez les femmes, l’exposition à plusieurs contraintes physiques (port de charges, travail debout, postures pénibles, exposition à des produits nocifs) est associée à une augmentation significative des maladies cardio‑vasculaires et de l’hypertension. Les secteurs très féminisés sont particulièrement concernés :
soin et médico‑social (aides‑soignantes, infirmières, auxiliaires de vie),
commerce et grande distribution (caissières, employées de rayon),
propreté, hôtellerie‑restauration, services à la personne.
À ces contraintes s’ajoutent :
la charge mentale liée au double rôle professionnel et familial,
des horaires atypiques (nuit, week‑end, coupures, temps partiels morcelés),
une faible marge de manœuvre sur l’organisation de son travail,
une exposition importante aux émotions et à la détresse d’autrui.
Cet ensemble crée un terrain propice à la survenue d’événements cardio‑vasculaires, souvent en pleine activité professionnelle. Pour l’entreprise, les conséquences sont concrètes : arrêts de travail prolongés, restrictions d’aptitude, besoins d’aménagements de poste, difficultés de maintien dans l’emploi.
4. « Je n’ai pas vu venir » : quand la maladie cardio‑vasculaire bouleverse un parcours professionnel
Lorsqu’un infarctus, un AVC ou une insuffisance cardiaque survient, c’est souvent toute la vie professionnelle qui se retrouve suspendue. Derrière les diagnostics et les traitements, il y a des trajectoires, des équipes, des responsabilités et des projets qui se retrouvent brutalement stoppés.
Dans les témoignages recueillis par les acteurs de la prévention, plusieurs constantes reviennent :
un sentiment de ne pas avoir été entendue avant l’accident :
« On me disait que c’était le stress, que je devais me reposer. Personne ne m’a posé de questions sur mon cœur. »
la culpabilité vis‑à‑vis du collectif : « J’ai eu l’impression d’abandonner mon équipe du jour au lendemain. »
la peur du retour au travail : fatigue, limitations physiques, crainte d’être jugée moins performante, d’être mise de côté ou au contraire sur‑sollicitée.
On peut imaginer la parole de cette cadre de 48 ans, victime d’un infarctus sur son lieu de travail :
« Depuis des mois, je montais les escaliers en apnée, je me réveillais épuisée, j’avais mal entre les omoplates. J’ai mis ça sur le compte de la charge de travail et de la ménopause. Le lundi où tout a lâché, je sortais d’une réunion, j’ai eu cette douleur dans la poitrine, mais je ne voulais pas “faire une histoire”. Ce jour‑là a tout changé : plusieurs mois d’arrêt, la peur de revenir, et la sensation de ne plus être la même au travail. »
Sans accompagnement structuré, ces situations peuvent conduire à des désinsertions professionnelles : perte d’emploi, reconversion subie, fragilisation économique et sociale. Pour l’entreprise, c’est aussi une perte de compétences, d’expérience et de diversité.
5. Agir au cœur des organisations : ce que les entreprises peuvent faire
Intégrer la santé cardio‑vasculaire des femmes dans la politique de prévention, c’est :
reconnaître que le cœur des femmes est un sujet légitime de santé au travail, au même titre que les TMS ou les risques psychosociaux ;
croiser les enjeux santé, égalité professionnelle et maintien dans l’emploi ;
passer d’une approche individuelle (« chacune gère sa santé ») à une démarche collective structurée.
Concrètement, les entreprises peuvent :
intégrer les facteurs de risque cardio‑vasculaires dans le DUERP, en tenant compte des spécificités féminines ;
adapter l’organisation du travail : horaires, rotations, pauses, gestion de la charge, possibilités de récupération ;
renforcer les liens avec la médecine du travail pour favoriser le repérage précoce et les aménagements de poste ;
former les managers à repérer les signaux d’alerte (fatigue inhabituelle, essoufflement, plaintes récurrentes), à ouvrir le dialogue et à orienter sans stigmatiser.
6. Comment Handifeel’s accompagne la santé cardio‑vasculaire des femmes au travail
Chez Handifeel’s, nous faisons le lien entre santé des femmes, politique handicap, QVCT et prévention des risques professionnels. Les maladies cardio‑vasculaires chez les femmes s’inscrivent naturellement dans cet axe.
6.1. Sensibiliser et lever les tabous
Nous proposons des formats ludiques et interactifs pour faire entrer ce sujet sensible au cœur des collectifs de travail :
webi‑lives et conférences dédiés à la santé cardio‑vasculaire des femmes, intégrés à votre démarche « santé des femmes au travail » ;
ateliers de sensibilisation pour les équipes, mêlant apports pédagogiques, quiz, décryptage des symptômes féminins et facteurs de risque, focus métiers exposés ;
utilisation de témoignages, mises en situation et supports visuels pour rendre le sujet concret et accessible, loin du registre culpabilisant.
Objectif : que chaque collaboratrice puisse se dire « j’ai le droit de parler de mon cœur au travail », et que chaque manager sache comment réagir.
6.2. Outiller les managers, les RH et le dialogue social
Handifeel’s accompagne les directions, les équipes RH, les référents handicap/QVCT et les représentants du personnel pour intégrer cette dimension dans leurs pratiques :
modules de formation pour managers et RH sur le repérage des signaux faibles, la conduite d’entretiens de soutien et l’articulation avec la médecine du travail ;
appui à l’intégration de la santé cardio‑vasculaire des femmes dans vos diagnostics (égalité professionnelle, QVCT, prévention des risques) et vos plans d’action ;
accompagnement du CSE/CSSCT pour faire vivre le sujet dans le dialogue social et dans les instances, avec une approche basée sur les données et les situations de travail.
6.3. Soutenir individuellement les salariées concernées
Enfin, nous pouvons déployer des dispositifs d’appui individuel, en continuité avec nos actions sur la santé des femmes :
mise en place d’une hotline ou d’un espace d’écoute confidentiel pour les salariées qui s’interrogent sur leur santé, leurs symptômes, leurs droits ou leurs besoins d’aménagement ;
accompagnement des parcours de maintien dans l’emploi après un infarctus, un AVC ou une pathologie cardio‑vasculaire : analyse de poste, identification d’aménagements raisonnables, coordination avec les acteurs internes et externes, sécurisation du retour et du temps long ;
intégration de la dimension cardio‑vasculaire dans vos dispositifs existants sur la santé des femmes (règles, endométriose, ménopause), pour une approche globale et cohérente.
7. Et si on prenait vraiment le cœur des femmes au sérieux au travail ?
La santé cardio‑vasculaire des femmes est à la fois un sujet de santé publique, d’égalité professionnelle et de performance durable. En tant qu’employeurs, vous avez un rôle clé à jouer pour prévenir plutôt que subir : repérer, adapter, soutenir, maintenir en emploi.
Chez Handifeel’s, nous aidons les organisations à passer d’une prise de conscience à une politique structurée, inclusive et concrète sur la santé des femmes au travail.
Envie d’ouvrir le sujet dans votre entreprise ? Nous pouvons vous accompagner depuis la sensibilisation jusqu’au déploiement de dispositifs d’appui pour vos collaboratrices et vos collectifs.




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