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  • Aude Rey

DONNONS LA PAROLE A...THOMAS!

Mis à jour : 7 oct. 2019



Aujourd’hui, nous poursuivons notre série d’interviews destinées à donner la parole aux personnes qui sont la source de nos articles et de notre travail quotidien, à savoir : les personnes en situation de handicap.


En effet, à chaque fin d’article, je vous invite à aller plus loin dans la recherche d’informations sur le sujet évoqué et surtout à aller à la rencontre des personnes concernées par ces problématiques. J’ai donc décidé de mettre en pratique ces conseils et de partager avec vous ces paroles d’hommes et de femmes qui nous entourent et qui sont les mieux placés pour parler des réalités qu’ils rencontrent.


Nous continuons donc notre route et partons à la rencontre de Thomas Arella, jeune homme diplômé d’un Master en Gestion et Finance, que nous avons rencontré lors d’une journée Job Dating organisée par Handifeel’s.


Nous avons travaillé cette interview en deux temps. Tout d'abord, j'ai envoyé à Thomas une série de questions sur lesquelles il était libre de répondre ou non, voire d’ajouter des thématiques ou des commentaires. Ensuite, nous nous sommes revus et avons finalisé ensemble cet article. Je suis très impressionnée par le niveau d'oralisation et de rédaction de Thomas. J'ai pris beaucoup de plaisir à décourvrir son histoire et j'ai appris énormément de choses sur sa vie, son parcours, et plus généralement le "monde des personnes sourdes". Je vous laisse découvrir son témoignage et j'espère qu'un de vous aura l'opportunité d'aider Thomas dans sa recherche d'emploi et de lui proposer un poste!


Place au témoignage....


1/ Thomas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Expliquez-nous votre parcours, d’où vous venez et ce que vous recherchez aujourd’hui ?


Je suis un jeune travailleur sourd, j’ai 27 ans. J’ai d’abord fait un parcours purement comptable (Bac STG option Comptabilité puis BTS Comptabilité Gestion des Organisations) puis je me suis tourné vers un DCG en alternance à l’ESC Toulouse. Durant ces trois années d’alternance, j’ai exercé les métiers d’adjoint de responsable de devis, contrôleur budgétaire, comptable analytique et en comptabilité des stocks projet. Au bout de la troisième année, je suis revenu en formation initiale pour un Master Finance et Contrôle de Gestion à l’ESG Toulouse. J’ai ensuite validé mes deux années de Master avec un stage de fin d’études de 6 mois en tant que Contrôleur Financier Projet sur des appels d’offres chez Airbus à Elancourt.


Je recherche depuis un an un travail. Idéalement, je souhaiterais un poste de Contrôleur de gestion ou dans la Finance. Je souhaiterais un travail qui me permette à la fois d’être en autonomie et de travailler en équipe ou avec plusieurs personnes. En attendant de trouver un job, je ne reste pas inactif. Je me suis investi dans l’Association des Sourds de Tolosa en tant que trésorier adjoint et j’y réalise des travaux qui me permettent d’accumuler des compétences complémentaires (conseiller stratégique et financier, audit et mise en place des outils financiers, j’ai fait partie du comité d’organisation d’une fête qui a duré 4 jours).


2/ Vous êtes donc à ce jour à la recherche d’emploi, pouvez-vous nous expliquer les difficultés que vous avez rencontrées ou que vous rencontrez ?


J’ai la sensation que le monde du travail est saturé et que certaines offres d’emploi demandent des critères très exigeants. Par exemple, exiger quelques années d’expérience sur un poste très spécifique alors qu’en principe, bien qu’effectivement certaines parties nécessitent des compétences particulières, tous les postes en Contrôle de Gestion, Comptabilité et Finance ont une même base d’approche.


3/ Abordez-vous le sujet du handicap au cours de vos entretiens de recrutement ou les recruteurs l’abordent-ils ? Comment cela se passe-t-il ? Qu’en ressort-il ?


Oui, il est nécessaire que j’aborde le thème de la surdité lors de l’entretien d’embauche afin de dissiper les malentendus ou de partir sur de mauvaises bases (générales ou communicationnelles). Par expérience, il m’est arrivé de ne pas m’avancer sur le thème de la surdité et cela a généré des malentendus chez les deux parties qui ont reconnu le malentendu sans toutefois pouvoir y trouver une explication nécessaire. Depuis, j’ai pris du recul sur la situation et je n’hésite désormais plus à aborder ma surdité.


4/ Pouvez-vous nous parler de votre handicap et des aménagements nécessaires, le cas échéant ?


Je suis sourd de naissance, j’entends avec mes yeux. Bien que je puisse parler de manière aisée, ma langue maternelle est la langue des signes. J’ai appris à écrire avant de parler. J’ai commencé la phase d’apprentissage de l’écriture et de la parole à l’âge d’1 an. J’étais en classe spécialisée avec des camarades sourds. Avant d’entrer en CP, je savais déjà écrire et lire tandis que la maîtrise de la parole a été effective au collège. Pour comprendre mon interlocuteur, je lis sur les lèvres.

Comme je ne peux pas téléphoner de manière orale (le téléphone ne permettant pas la lecture labiale), ni suivre les réunions de plusieurs personnes, les aménagements nécessaires seront l’installation d’une plateforme téléphonique en langue des signes. Il y a plusieurs entreprises spécialisées dans ces progiciels : Tadeo, Elioz, Roger Voice. Il existe des subventions fournies par l’Agefiph.


5/ Avez-vous déjà été confronté à des difficultés du fait de ce handicap ?


Oui, à cause des préjugés de la société envers les sourds. Cela génère des malentendus comme quoi à cause d’une supposée déficience auditive, les sourds ne peuvent pas communiquer ou avoir un bon poste de travail ou suivre des réunions à plusieurs. Par exemple, on ne pense pas à me demander si j’ai besoin d’un interprète en langue des signes de manière automatique lors des entretiens d’embauche. Bien que je sache parler, le besoin d’interprète est nécessaire pour éviter les malentendus.


6/ Quel regard portez-vous sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés ?


Le principe de discrimination positive est une bonne chose pour contrer les injustices sociétales.

7/ Avez-vous entendu parler de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel » ? Pensez-vous que cette loi va avoir un impact différent au niveau de la vie des personnes en situation de handicap, et plus particulièrement du niveau d’employabilité des personnes reconnues travailleurs handicapés ?


Non, je ne connais pas cette loi. Après, sur le fait d’être libre de pouvoir choisir son avenir professionnel, c’est possible et c’est même une excellente mentalité. Toutefois, je dois reconnaître que la société ne donne pas les mêmes moyens à tous et fatalement, certains ne peuvent pas choisir leur avenir professionnel.


8/ Je ne sais pas si vous êtes très présent sur les réseaux mais d’une façon générale quel regard portez-vous sur tout ce qui se passe actuellement autour du « handicap » ? Pensez-vous que les mentalités sont vraiment en train d’évoluer ou croyez-vous plutôt à des effets d’annonces avec peu d’impacts concrets sur la réalité des personnes concernées ?


Le terme « handicap », même si je reconnais la nécessité de protéger une minorité des injustices sociétales, regroupe toutefois un très vaste champ dans lequel les besoins des différentes parties sont très différents et opposés l’un à l’autre. Par exemple : les sourds qui entendent avec leurs yeux ne peuvent pas avoir les mêmes besoins d’accessibilité que des aveugles qui ne voient pas et qui entendent avec leur toucher. Les deux parties sont cependant regroupées sous une même étiquette pouvant faire croire aux non-concernés qu’elles sont dans le même sac.


9/ Aujourd’hui, que manque-t-il selon vous ou qu’aimeriez-vous proposer pour vraiment agir et améliorer la situation des personnes en situation de handicap ?


La sensibilisation à l’école est un bon départ pour contrer les préjugés. Une présence visible des personnes handicapées dans les médias est un bon moyen de casser les préjugés.


10/ Je vous laisse le mot de la fin pour conclure cette interview….


De mon point de vue, en tant que sourd de naissance, je ne me considère pas comme un handicapé dans le sens médical du terme mais comme un handicapé sociologique. Actuellement, en France, un enfant sur 700 naît sourd.


Merci beaucoup Thomas pour ce témoignage et pour le temps que vous nous avez accordé. Nous vous souhaitons le meilleur pour votre recherche d'emploi et la suite de votre parcours. L'équipe Handifeel's va continuer à vous accompagner dans cette démarche et nous espérons qu'elle puisse aboutir très vite.


Cher lecteur, n'hésitez pas à nous contacter si vous avez une oppotunité pour Thomas, à consulter son profil LinkedIn et à partager cet article!


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